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Les Shui
Les Shui

Les gens des fleuves Rong et Duliu

Ils se nomment eux-même Aï Sui – aï signifiant « homme » dans ce group de langues kam-shui. Ils habitent un paysage surperbe bordé d’alignements de montagnes continus, de vallées et de berges plates entourées de pitons rocheux dans les cours supérieurs du Rongjiang et du Duliu jiang, sur le versant S.-E. de la chaîne des Miaoling shan, qui sépare Guiyang du Guizhou du S.-E. Ils étaient 346 000 au recensement de 1990 et 400 000 en 1995, dont la quasi-totalité implantée au Guizhou, dans la sous-préfecture autonome shui de Sandu et dans plus de 20 cantons shui des sous-préfectures adjacentes de Libo, Dushan, Duyun ou encore de celles de Congjiang et Rongjiang. On les retrouve au N.-O.du Guangxi. Les terres qu’ils occupent s’élèvent à une altitude moyenne de 500m. Les populations au milieu desquelles ils sont insérés sont tantôt des Buyi, des Miao et des Dong au Guizhou, tantôt des Dong, des Miao et des Yao au Guangxi. Cela ne les empêche point de parler leur propre langue et même de l’utiliser dans les réunions administratives en concurrence avec le mandarin.

Pacifiés puis rebelles

Longtemps confondus parmi les Bai Yue, ils n’apparaissent dans les textes historiques comme une population autochtone du Guizhou que sous les Song du Nord (960-1127), où il est fait mention d’un fushui zhou (territoire des Shui pacifiés) et de trois autres districts de même peuplement, dans la région qui va aujourd’hui de Sandu (Guizhou) à Huanjiang (Guangxi), c’est-à-dire dans leur habitat actuel. L’ethnonyme Shui, Sui, apparaît pour la premère fois dans un ouvrage de la fin des Ming.

A la fin des Song, un lignage aristocratique établit une seigneurie sur la plus grande partie du cours supéreur du Rongjiang, bientôt imité par d’autres lignages. Ils reçoivent l’investiture de la cour impériale comme administradeurs irriguées dont la mise en culture, en échange de taxes et de corvées, devient le fondement du nouvel ordre féodal, à l’instar des Buyi et des Dong.

Les Shui ont participé en masse à la rébellion des Taiping et aux divers autres mouvements de révolte jusqu’à l’avènement des communistes. Après plusieurs années de participation aux gouvernements locaux issus de la révolution, le 2 janv. 1957, ils établissent la sous-préfecture autonome shui de Sandu au Guizhou.

De famille en villages

Les Shui ont un sens dévelopé de l’hospitalité envers leurs visiteurs, qu’il s’agisse de parents, d’alliés, voire de simples étrangers. Ils pratiquent le mariage monogame. La famille, patrilinéaire, est placée sous l’autorité unique du maître de maison. Le chef de famille contrôle toute l’économie et répartit les tâches dans la maisonnée. A sa mort, son fils aîné lui succède. Les femmes ont un statut inférieur et ne peuvent diriger une famille. Les veuves ont la liberté de se remarier en emportant leurs biens personnels, à condition de ne pas résider dans le village de leur premier mari. Le nouveau mardi doit d’ailleurs donner une compensation en argent à la famille du défunt.

Le mariage est précoce ( fiançailles à 14-15 ans, noce à 16-17) ; il est conclu par des entremetteurs, qui en arrêtent les dispositions. Le marié ne va pas chercher chez elle la mariée, mais envoie à sa rencontre une demoiselle d’honneur accompagnée de sept à neuf garçons pour l’escorter jusqu’à chez lui sous un parasol. Le jour même ou le lendemain, la mariée retourne dans sa famille.

La mort : des cendres au gré de l’eau

La mort est annoncée par trois coups de fusil qui préviennent les parents et les alliés, en particulier l’oncle maternel et la tante paternelle. Avant la mise en bière, le corps est lavé à l’eau chaude, et habillé ; on lui glisse une pièce de monnaie dans la bouche, tandis qu’on brûle, à la périphérie du villages, sa literie et ses vêtements. La cendre et quelques morceaux de tissus sont chargés dans un bateau en papier qu’on abandonne au gré du courant dans la rivière la plus proche. Au moment de la mise en bière, on évite de prononcer les noms des personnes présentes, de peur que le défunt n’emmène leurs âmes avec lui. Le cercueil est gardé à la masion jusqu’au jour favorable à l’inhumation, déterminé par un devin. Les funérailles commencent par le sacréfice d’un cochon, puis d’une vache ou d’un taureau, voire d’un cheval de la maison de l’oncle maternel ainsi ou de la tante paternelle. La famille en deuil ne mange pas de cette viande et la donne à l’oncle maternel ainsi qu’aux visiteurs venues par certaines pendant les trois à cinq jours que durent les funérailles. Les rites, de facture chinoise, sont conduits par un maître. Quand on tue une vache, on laisse son sang s’écouler dans le sol en disant que c’est l’eau de l’autre monde qui permettra au défunt, une fois entré dans l’au-delà, d’avoir un bovidé pour l’aider à cultiver sa rizière.

Un dieu par lieu

Les croyances religieuse des Shui intègrent les phénomènes naturels à un panthéon de divinités empruntées au taoïsme. Les principales divinités sont : le dieu de la montagne, maître du gibier et patron de chasseurs ; le dieu des trois Mondes, pié au 7e mois pour qu’il accorde la paix de la maison et la prospérité des animaux domestiques des attaques des prédateurs ; le dieu du Fourneau, garant de la paix domestique ; les Cinq Matrones de la porte principale, protectrices des jeunes enfants et de la fécondité dans la famille ; le dieu des Richesses, patron des entreprises commerciales de la famille ; les dieux protecteurs de l’embrasure des portes ; enfin le dieu du Champ.

Les mythes des Shui participent d’un ensemble commun à diverses cultures du S.-O.chinois ; on y retrouve des variantes du mythe de l’archer abattant des soleils surnuméraires et du mythe du Déluge.

Un nouvel An en automne

Les Shui ont un calendrier propre, à partir duquel sont établies leurs fêtes. La plus importante est la fête du Duan, leur Nouvel An, qui a lieu entre la 2e quinzaine du 12e mois et la 1er quinzaine du 2e  mois du calendrier Shui (soit entre la 2e quinzaine du 8e mois et la 1e quinzaine du 10e mois lunaire). La date n’est pas fixée de manière uniforme. Chaque localité choisit le jour qui lui convient dans cette fourchette. La veille de la fête, on bat le tambour en bronze ; le jour même, dédié aux ancêtres, on sacrifie cochon, canard ou poulet, selon ses moyens. Le lendemain, les chefs de famille s’invitent mutuellement à partager leur banquet et à recevoir des invités.

Le culte des ancêtres (9e ou 10e mois du calendrier shui, soit mai ou juin) ressemble à la fête du Duan. Durant la jounée, on va chanter ensemble sur une colline ; le soir, on fait résonner les tambours en bronze et en peau accompagnés de chants alternés. Enfin, la fête du Suninxi, à la fin de l’année, est dédiée aux femmes – principalement aux dames âgées – et aux enfants.

 
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